Lettre Tendance & Allocation - Mars 2017 de Bernard Aybran CIO Multigestion Invesco

Invesco Asset Management France
 
07/03/2017
D'une élection à l’autre, le chemin demeure mouvementé

Une fois n’est pas coutume, la France a occupé le devant de la scène dans le courant du mois de février. C’est que, une fois passée l’élection présidentielle américaine, l’élection française est perçue par les investisseurs comme un indicateur des perspectives de la zone euro. Toutefois, malgré les incertitudes, de nombreux marchés actions enchaînent les nouveaux plus hauts historiques, et ces mouvements peuvent trouver des justifications solides.

Un autre développement inhabituel est à noter depuis le début de l’année, et il se déroule loin des bureaux de vote mais dans les bureaux d’analyse. En 2016, comme en 2015, 2014 ou 2013, le « consensus » des analystes a adopté le même comportement : un début d’année tout à fait optimiste, où les bénéfices doivent connaître de fortes hausses. Puis, au fil des mois, ces prévisions étaient revues à la baisse significativement, allant dans certains cas jusqu’à se terminer par des baisses de bénéfices pures et simples. Il semble que 2017 ne s’inscrive pas dans cette dynamique : sur les derniers mois, les anticipations de bénéfices pour l’année 2017 ont été revues en légère hausse pour les actions mondiales(1). Les marchés émergents et la zone euro ont tout particulièrement bénéficié de ces révisions positives. En retard par rapport aux Etats-Unis en termes de performance comme de bénéfices, ces deux régions pourraient trouver là un soutien pour une performance correcte sur les prochains mois. Pour la zone euro en particulier, les planètes pourraient être alignées : cette terminologie, très en vogue il y a quelques années pourrait redevenir d’actualité puisqu’elle regroupait la série de facteurs favorables aux actions de la zone euro, facteurs toujours présents aujourd’hui. En particulier, une monnaie unique plus compétitive et des taux d’intérêt toujours très faibles favorisent les valeurs de zone euro. Du point de vue des investisseurs, les actions retrouvent une certaine faveur et la collecte nette des fonds actions dans le monde avoisine 1% de leurs actifs. Comme c’est désormais habituel, les entrées de capitaux sont concentrées sur les ETFs tandis que les fonds « traditionnels » continuent à enregistrer une décollecte, quoique légère. Une fois encore, les fonds obligataires collectent plus que les fonds actions : 66 milliards de dollars sur les sept premières semaines de l’année, contre 61 milliards pour les fonds actions(2) qui n’avaient toutefois collecté que 29 milliards de dollars sur l’année 2016.

Si ce début d’année est excellent pour nombre d’investisseurs, le marché obligataire souverain de la zone euro subit lui de forts soubresauts à chaque nouvelle échéance électorale. Les investisseurs, échaudés par le Brexit et l’élection du Président des Etats-Unis, se focalisent actuellement sur les élections françaises, créant des remous entre primes de risque des Etats membres, surtout par rapport à l’Allemagne. En regardant le phénomène de plus près, il semble que des intérêts spéculatifs conséquents aient été mis en place : on peut citer par exemple les intérêts ouverts sur le future 10 ans OAT. Depuis fin Octobre, ceux-ci ont plus que doublé (de 3OO OOO à plus de 650 000 contrats) ce qui représente plus de 50 milliards d’euros de valeur nominale. Bien qu’il soit difficile de déterminer le sens de l’ensemble de ces prises de position, il paraît cohérent de penser qu’une bonne partie correspond sinon à un pari contre l’Etat Français, au moins à la mise en place de couvertures. De ce fait, certains de ces actifs souverains pourraient connaître un retournement en cas d’absence d’évènement majeur, l’effet pouvant également être exacerbé par les achats continuent de la Banque Centrale Européenne. Dans tous les cas, privilégier d’autres marchés, notamment les Etats-Unis, fait sens dans une allocation obligataire car le marché européen offre des rendements très faibles alors même que les remous politiques amplifient la volatilité, créant un couple rendement-risque peu favorable à l’investisseur.

Durant le mois de février, les portefeuilles multigérants Invesco sont demeurés relativement stables en termes d’allocation. La forte compression des spreads de crédit commence à pousser les investisseurs vers des actifs plus risqués comme les actions. Nous privilégions toujours les actions européennes, japonaises et asiatiques. Ces dernières, ainsi que l’ensemble de l’univers émergent, ont confirmé un début d’année en fanfare alors que les craintes protectionnistes semblent pour le moment apaisées. Les actions européennes ont été un peu plus en retrait, notamment les banques, du fait des craintes liées aux élections françaises. Cela paraît être un mouvement sain de consolidation après un très bon deuxième semestre 2016. Le début d’année a été également marqué par des mouvements sectoriels plus favorables aux secteurs défensifs en général comme les REITS ou les services aux collectivités. Cela n’a pas empêché les financières américaines, tout comme ce marché en général, de continuer son insolente marche en avant. Les mouvements du marché obligataire ne sont pas étrangers au retour des secteurs sensibles aux taux d’intérêt. Bund, Gilt et US Treasuries ont tous fini le mois en hausse. Les marchés de crédit ont fortement profité de cet environnement avec d’excellentes performances, que ce soit sur la dette émergente, l’Investment Grade ou le High Yield. L’allocation des portefeuilles multigérants conserve une forte proportion de dette corporate, Investment Grade et High Yield.

Entre deux échéances électorales, il semble que rien ne parvienne à stopper les marchés actions. Si de nombreux facteurs continuent à les soutenir, une pause serait logique, même si rien ne prépare à un recul d’ampleur. En attendant, tenter de maintenir un certain degré de diversification dans les portefeuilles reste selon nous nécessaire afin de ne pas se laisser emporter par des périodes trop euphoriques.

1 0,3% sur les 3 derniers mois pour les bénéfices 2017 du MSCI Monde, source Goldman Sachs

2 Source BofA Merrill Lync au 22/02/2017


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