Normalisations monétaires : la liquidité menacée ?

Lyxor AM
 
10/07/2017
Après des années d'assouplissement monétaire intensif.

Après des années d'assouplissement monétaire intensif, sommes-nous sur le point d'assister à une prompte normalisation au niveau mondial et à un assèchement de la liquidité ? Nous ne le croyons pas.

Dans un monde où les banques centrales ne se quittent plus des yeux, le processus de normalisation devrait suivre le même schéma que l'assouplissement avant lui.

Ce seront donc les Etats-Unis qui mèneront le bal. La reprise économique est en bonne voie outre-Atlantique et le marché du travail s'est pleinement rétabli. Seule l'inflation salariale manque encore à l'appel, mais un taux de chômage à 4,3% augure désormais d'un plus large pouvoir de négociation pour les employés. La Fed pourrait donc poursuivre sa normalisation sur deux fronts. Tout d'abord, en réduisant son bilan, et ce peut-être déjà dès le mois de septembre. Ensuite, en procédant à de nouveaux relèvements de taux une fois que clarté sera faite sur le toujours hypothétique plan de relance budgétaire.

De leur côté, la BCE et la BoJ devraient opter pour un resserrement lent et progressif tant que l'inflation et la reprise ne seront pas fermement arrimées. Mario Draghi à Francfort et le duo Abe-Kuroda à Tokyo se sont battus bec et ongles pour obtenir le feu vert de leur QE respectif. Inutile donc d'anéantir les progrès accomplis ces quatre dernières années.

En décembre prochain, la BCE pourrait décider de prolonger sa politique accommodante d'un an, mais entamer dans le même temps un tapering progressif, qui verrait une diminution des achats mensuels de 60 milliards EUR aujourd'hui à 40 milliards au premier semestre et 20 milliards au second et mettrait un terme définitif au QE en décembre 2018. Pareil calendrier permettrait à la BCE de respecter les principes qui lui sont imposés en matière de détention et de clé de répartition, tout en restant un acheteur actif sur les marchés lors des élections italiennes prévues l'année prochaine.

La BoJ pourrait quant à elle rester deux pas en arrière, et ne commencer à réduire son programme de QQE qu'en 2019. Malgré un programme très engageant au titre duquel la BoJ achète chaque année 1% de la capitalisation boursière du pays et détient 40% des emprunts d'Etat japonais, l'inflation sous-jacente est revenue à 0%. Il serait selon nous prématuré pour Shinzo Abe de déjà affirmer que sa première flèche a atteint sa cible, même si les élections le guettent. La patience est de mise et maintenant que la BoJ a épuisé tous les outils monétaires à sa disposition, elle préférera sans doute s'en tenir un peu plus longuement à sa politique de contrôle de la courbe des taux.

Selon notre scénario central, les rendements des bons du Trésor américain à 10 ans devraient augmenter plus rapidement que ceux des Bunds et distancer largement les taux toujours écrasés des JGB. La dévaluation compétitive devrait alors se prolonger et la croissance américaine continuer à s'exporter à la faveur d'un dollar fort.


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